Elle me manque…

J’ai mis la jupe qu’elle a cousue ce matin. Et les boucles d’oreilles qu’elle m’a offertes pour mes 32 ans.

Ma témoin de mariage me manque.

Sordide histoire de timing ? Pas que.

La thérapie que j’ai faite il y a bientôt trois ans m’a aidée à sortir pas mal de gens de ma vie, qui ne me faisaient pas de bien.

Seulement voilà, avec elle on se faisait du bien. Avant. Avant qu’elle parte vivre à 500 km et qu’elle reproche SON absence à ses amis.

Avant on se voyait toutes les semaines. Avant j’arrivais à gérer sa maladresse, la regardant tendrement parce que ça venait d’un terrible manque de confiance en elle, alors que je l’ai toujours trouvée formidable.

Et puis elle est partie, un mois après qu’on ait commencé ce long et difficile parcours. Une autre de ses amies y était depuis un moment aussi.

Et les reproches sont tombés : « Quand est-ce que tu viens ? « , « Tu n’es toujours pas venue ».

Et ma réponse, souvent la même, disant que je ne roule pas sur l’or, que le peu de moyens qu’on a c’est pour prendre du temps pour notre couple, pour se remettre de nos épreuves, et que oui, les billets prem’s c’est bien, mais il faut pouvoir prévoir. Et prévoir, dans notre cas, c’est compliqué.

Et cette réponse cinglante me disant à quel point on pouvait être embêtantes avec notre PMA, son autre amie et moi, à jamais pouvoir prévoir ! Bim. Première gifle dans ta tête de galèrienne.

Puis elle, inquiète, qui fait des examens parce que malgré deux ans d’essai avec un ex, elle n’est jamais tombée enceinte.

Les premiers résultats tombent. Une AMH extrêmement basse. Dur. On est inquiètes pour elle. Le gynéco qu’elle a vu lui dit que de toute facon il ne veut rien faire de ces résultats puisqu’elle est célibataire à ce moment-là. Je me prends gentiment le bec avec son amie qui me dit que c’est « plus grave que nous ». Et que « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » et plus aigri aussi. Qui es-tu pour comparer les difficultés ? Chacune a sa douleur, son parcours, aucune ne doit être minimisée. A un moment où je commence à peine le processus d’acceptation.

Arrivent ma première, puis ma deuxième FIV. Des échecs. Entre temps ma mère me renvoie (comme si elle avait senti) mes affaires d’enfance dont un abécédaire de bébé et des gigoteuses. Je suis au 36e dessous. Mon amie vient à Paris et me zappe, n’entend pas ma douleur et c’est moi qui traverse tout Paris pour la voir. Ou plutôt voir ses amis…

Elle ne sait pas écouter la douleur, les émotions des autres la débordent. Je le sais, je ne lui en veux pas.

Mais les remarques désagréables lorsqu’on vient la voir, sa façon de vérifier qu’elle a réussi dans la vie en faisant remarquer aux autres combien elle fait mieux qu’eux. Je veux bien comprendre qu’elle manque de confiance, mais mes nerfs sont mis à rude épreuve. Pas deux mois ne se passent sans que j’ai un traitement hormonal ; pour les FIV, pour les biopsies… Ou ma grossesse… Je ne suis plus en mesure de « laisser passer » les choses.

Et cette rentrée, la surprise.

Elle devait venir à la maison avec son chéri (que j’apprécie) rencontré cette année. Au dernier moment, elle annule, se loue un truc, me prévient par hasard. J’ai senti ce qui se passait. La même surprise que moi. Sauf que quelques heures plus tard j’apprends que je fais une fausse couche. J’essaie de la joindre, elle est à l’étranger. Je lui explique par message qu’il faudra qu’ils viennent à moi, dans ma ptite banlieue, que mon état de santé ne me permet pas de bouger. Je sens que ça l’ennuie. Et ça m’agace, parce que je suis au plus mal, que j’ai juste envie de mourir à ce moment-là, mon espoir s’envole, j’ai des douleurs psychiques et physiques de dingue…

Je suis malheureuse, j’ai envie de hurler, j’ai besoin de m’exprimer. J’annonce sur ce blog ce que je traverse. Elle l’apprend donc comme ça. Je crois que ça la blesse.

Et elle ne vient pas. Migraine.

Puis elle m’envoie un mail pour me dire à quel point j’ai été méchante et désagréable cette dernière semaine. Et me dit que j’ai bien compris, qu’elle est enceinte.

C’est la rupture.

Je pense que malgré elle, elle m’en veut d’avoir perdu mon embryon au moment où tout en elle était une ode à la vie, et un miracle. Je pense qu’ elle ne savait pas comment me l’annoncer alors qu’on galérait. Tout comme moi je n’ai pas sauté sur le téléphone quand le test a été positif car je savais que chaque annonce de grossesse était douloureuse pour elle. Et malgré moi je lui en ai certainement voulu d’avoir ce qui était en train de me quitter. Aujourd’hui je lui en veux de ne pas pouvoir partager les instants de sa grossesse, de sa vie.

Mauvais timing? oui. Mais pas que.

Avant on se disait tout.

Aujourd’hui on n’y parvient plus.

J’ai mis un terme, me disant que si c’était pour se faire du mal, ça ne valait plus le coup.

Pourtant…

Elle me manque.
manque

11 réponses sur “Elle me manque…”

  1. j’ai ce genre de rapport avec une amie. Enfin, maintenant elle m’entend plus beaucoup. elle à fait le choix à une moment de m’en vouloir pour une bêtise sans noms sous prétexte que je n’avais pas de gosse et que je ne pouvais pas comprendre sa réaction. Elle m’a dit de revenir quand je serais plus mature. LOL!
    Depuis, elle a essuyé des revers et à voulu m’en faire part mais je n’entretiens plus l’amitié comme avant. Et je n’arrive pas à faire autrement. Elle en souffre, moi aussi. Mais elle a décidée de me mettre de coté à un moment, qu’elle s’y tienne. Je ne suis pas un objet que tu déplaces à ta guise.
    bref tous ça pour dire, je comprend patience si l’amitié est solide ça se décantera. Mais il ne faut pas excusé les gens sous prétexte que c’est leur caractère.

    1. C’est possible. Je suis désolée que tu aies eu à subir ça toi aussi. Je crois que certains ne réalisent pas que le fait d’être proche de nous rend leurs remarques encore plus cruelles. Eux qui devraient comprendre plus que le reste du monde…

  2. C’est très douloureux les chagrins d’amitié. J’ai perdu une amie il y a quelques années, avant la pma, et j’ai parfois une pensée pour elle, encore aujourd’hui, même si je sais que c’est définitif. Parfois on a beau essayer de comprendre, de se mettre à la place de l’autre, de son ressenti, comme tu le fais, mais on a aussi le droit de se protéger de toutes ces maladresses et de constater que l’écoute et l’attention semblent marcher à sens unique. Chacun a ses soucis, et il est normal de ne pas être pleinement dispo pour les autres à certaines périodes ; toutefois, il y a des personnes qui sont centrées sur elles-mêmes au point de projeter leurs angoisses en priorité en permanence, et c’est usant. Je crois que c’est lorsque l’on traverse soi-même des périodes difficiles, dans lesquelles on aurait besoin de soutien, que la déception peut devenir la plus profonde, et le ras-le-bol inciter à un grand coup de balai. Alors ne t’en veux pas si tu as besoin de couper, que ce soit provisoirement ou de manière plus radicale, tu en as le droit, même si tu l’apprécies. Et puis peut-être que ce billet était une manière aussi de mettre les choses à plat avec elle et de réinstaurer un dialogue. Je te fais un gros câlin Lili.

    1. Merci. Je suis bien preneuse du câlin ! ^^
      Je sais que de son côté à elle ça a pu être lourd de m’entendre pleurer depuis que je suis en PMA. Ou me voir me couper du monde.
      Mais je réalise aussi que j’ai passé du temps et de francs moments de rigolade avec d’autres amis qui ont, eux, toujours pris le temps d’être présents quand j’en avais besoin. Et j’espère en faire autant pour eux.
      L’une d’elle a mm pris un blablacar au milieu de la nuit pour venir de sa Lorraine passer 24h à discuter, pleurer, rire juste après la FC !
      Mais bon, une amie n’en remplace jamais une autre.
      Je vois en tout cas qu’aucune de nous n’a été épargnée… Dur cette PMA qui retentit constamment sur tous les aspects de notre vie…

      1. Ouais, c’est un package global la PMA, c’est ça qui est chouette !
        Ca va, ça vient, de mon côté. Je me retape des bilans de réserve ovarienne en ce moment, ce qui est assez saoulant sur le plan de l’organisation, et déprimant parce que ça ne nous fait toujours pas avancer, et que bien sûr les résultats ne vont pas vers le mieux. Bref, pas grand chose à raconter à part la frustration de passer sa vie dans du médical sans que les choses ne bougent d’un iota. Je passe de l’exaspération à l’abattement puis au déni, c’est un cycle sans fin 😉 Bref, vivement que les choses avancent un peu… Bisous

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