Y a des jours…

Y a des jours où je me dis que c’est pas gagné, que lorsque je regarde mes parents, je me dis que c’est déjà difficile d’être l’enfant, et que mon inconscient dit à mon corps qu’il ne peut pas être parent. J’ai fait une thérapie il y a deux ans qui m’a permis de réaliser à quel point ma mère avait de l’emprise sur moi. Résultat, sur le coup nos rapports étaient plus adultes, nous ne nous étions jamais aussi bien entendues.

Travaillant comme assistante sociale dans une grosse entreprise qui ne s’intéresse plus au bien-être de ses salariés, elle était arrêtée suite à du harcèlement moral au travail. Quand je lui ai annoncé que Marshall et moi décidions de nous marier, elle était heureuse, forcément souhaitait être partie prenante et physiquement et financièrement. Elle était même prête à accepter que la compagne de mon père soit là malgré des antécédents houleux.

Et puis il a été question qu’elle retourne travailler un an avant sa retraite, et là tout est parti en vrille. Elle a fait sa petite fille boudeuse, disant qu’en fait elle ne viendrait pas, que de toute façon elle n’aimait pas les mariages (mon œil) etc etc… Sauf que trop tard, la compagne était déjà invitée. Pourtant c’est une personne que je n’apprécie pas, qui a été vraiment odieuse au début de leur relation. Mais entre temps elle avait taché de s’excuser, et puis surtout, c’est la compagne de mon père. Point.

Donc quand j’ai expliqué à ma mère que quelques soient les défaillances de mon père, elle n’avait pas à me demander de choisir, elle a choisi de purement et simplement me renier. Je ne m’étendrai pas sur toutes les explications psy de sa conduite, car au final, même si je comprends le cheminement (c’est mon taf), je suis sa fille, pas sa mère ou son éduc et encore moins sa psy.

Depuis elle s’est totalement retiré de ma vie. De façon volcanique, je dirais même. J’ai eu droit à des mails et des lettres insultantes à chaque fois que je tentais un pas dans sa direction. Notre mariage s’est fait sans elle. Et le pire c’est qu’elle ne m’a presque pas manquée. J’ai réalisé à quel point j’étais en quête d’approbation, tout le temps. Je ne pouvais qu’aller dans son sens.

Cela fait 1 an et demi. Cette année j’ai eu droit à une petite couche à Noël (sinon c’est pas drôle). Elle m’a renvoyé 150kg d’affaires de mon enfance.Des trucs dont j’ignorais qu’elle avait encore la moitié. Les 3/4 sont partis aux restos du cœur. Mais ça m’a remuée, surtout que ça arrivait peu de temps après notre premier échec. Elle a choisi ce qu’elle me renvoyait : des affaires de bébé, mes peluches d’enfance, des photos de ma petite enfance. Pas ma collection de 500 bouquins à laquelle je tenais tante mais seulement quelques livres de bébé. Je n’arrive pas à savoir si quelqu’un l’avait mise au courant de notre démarche en PMA. Elle savait qu’on essayait depuis un an avant le mariage, elle savait qu’avec Mr Cassoulet on avait essayé deux ans et qu’on avait commencé les examens… Je ne sais pas.

Sur le coup, encore une fois, je n’avais pas réalisé le deuxième effet pervers. Je comprenais juste que, passant de mauvaises fêtes, c’était important que ce soit mon cas aussi. Et maintenant je vois le côté « bébé » en gros, en gras. Souvent je me demande comment réussir à être mère quand une femme qui m’a répété toute sa vie que quoi qu’un enfant fasse, sa mère l’aimerait toujours finit par agir de la sorte.

Comment peut-on aimer quelqu’un et le rejeter en lui disant de le considérer comme mort, en lui disant que désormais c’est comme s’il n’avait jamais existé ? Comment peut-on infliger ça et se l’infliger ? Comment puis-je espérer être totalement à l’abri de cet héritage hystérique ? Cette petite fille en elle qui a peur me fait mal au cœur. Mais ce n’est pas en mon pouvoir de la rassurer. Bien qu’elle ait toujours pensé que là était mon unique devoir.

La colère était tellement forte pendant le début de la PMA. J’en ai pleuré de rage pendant mon hystérographie. Qu’elle soit absente, au lieu de me tenir la main, me réconforter. Aujourd’hui ça va, ça vient. J’ai surtout une grande lassitude. Mais si (et je n’y crois pas) elle essayait de revenir dans ma vie aujourd’hui, je ne fermerais certes pas la porte, mais je lui dirais « Pas maintenant, plus tard on verra ». Il me reste tellement de choses à régler. Avant d’être fille, avant d’être mère. En ce moment je dois être l’éducatrice de mon père. Qui, lui, a essayé de se laisser mourir de faim pour emmerder ses propres parents.

Y a du boulot hein ?

4 réponses sur “Y a des jours…”

  1. Bonjour Lily ! C’est « drôle » (en fait pas du tout mais bon…) j’ai une mère à peu près semblable, sauf que les ponts ne sont pas (encore ?) coupés…

    1. J’avoue que sur le coup c’est dur. J’ai repassé le film plein de fois dans ma tête. Mais c’est certainement pour le mieux. Et c’est son choix.
      Je pense qu’on peut gérer les personnalités toxiques jusqu’à un certain point. Ce qui n’empêche pas de comprendre que ce sont avant tout des gens malheureux. Mais se protéger soi, surtout avec ce que l’on vit, c’est essentiel. J’ai peu de gens en lesquels j’ai confiance dans ma famille, mais j’ai une famille de cœur, qui se nourrit de personnalités très différentes.
      Je te souhaite d’avoir des gens autour de toi qui permettent un « sas ».

      1. J’ai la chance d’avoir une fratrie très soudée, ça aide énormément à supporter et à faire bloc (en cas de crise on se téléphone, de manière à ce que les autres soient prévenus et puissent anticiper).
        Je pense qu’effectivement dans certains cas seule la rupture peut permettre de se protéger soi, et c’est très important.

  2. Eh bien… pas facile cette relation… ça date un peu, est ce que les choses ont évolué ? Mais vaut mieux se tenir à distance des relations toxiques… dommage qu’il s’agisse de ta propre mère…

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