Et si… Nostalgie du « nous »

Et si ça ne marchait pas, et si on avait jamais d’enfant. Qu’est qu’on deviendrait, Marshall et moi, en tant que couple? Et qu’est-ce que je deviendrais, moi?

Toutes ces questions qui ne se posent pas à voix haute, parce qu’elles peuvent être interprétées différemment par chaque personne, en fonction des résonances que cela crée…

Untel va penser que je suis égoïste de penser à moi, un autre pourra dire que si je me pose ces questions c’est parce qu’en fait je ne suis pas prête, ou qu’à force de se poser des questions ça va me foutre le mauvais œil… et puis reste toujours le groupe des  » arrête d’y penser ça viendra tout seul ».

N’empêche qu’en vrai j’y pense. Parce que ça arrive, pour de vrai. Et que mon côté éduc en mode « rien n’arrive parr hasard »… ben ça se fissure, doucement. Mauvais timing.

Oui y a plein de façon d’interpréter les signes.

Oui ma mère, qui était pour moi Dieu le père et finalement dont j’étais l’objet, le golem, m’a complètement abandonnée et reniée la première fois que je me suis décidée à m’opposer pour quelque chose d’important, mon mariage (une sordide histoire d’ego blessé pour cause d’invitation de la compagne de mon père, que pourtant je n’apprécie pas).

Oui, on peut imaginer que ça a quelque chose à voir dans mon infertilité. M’enfin toute l’histoire de ma vie n’expliquera jamais l’infertilité de mon homme, qui pour le coup, semble assez claire au niveau médical.

Que faire de tout ça? Comment trier le psychologique, le biologique?

Tout ce que je sais, pour l’instant, c’est qu’on est en stand by, qu’on attend LE rendez-vous chez l’urologue qui va nous éclairer sur la présence d’une varicocèle (bon, ça, on n’a pas trop de doutes) et sur son incidence sur le taux record de fragmentation et de score HVB de Marshall. Après ça, on saura peut-être dans quelle direction avancer. Peut-être qu’en fait, à part que je ne produis que peu de follicules à chaque fois, je n’ai aucun souci…

Peut-être qu’en fait mes ovocytes sont dans le même état que les spermatozoïdes…

Peut-être, peut-être…

Le temps avance lentement concernant les tentatives, mais tellement vite en terme de vieillissement.

Jusqu’à quand tenter? A quel moment se résigner?

Faut-il déjà faire une demande d’agrément pour une adoption? Est-ce que j’ai vraiment envie d’adopter? Et si je tombe enceinte d’un enfant atteint d’une anomalie génétique?  Des questions qui me paraissaient claires dans une autre vie me font trembler aujourd’hui, et si je ne suis pas seule à prendre les décisions, c’est à la fois un soulagement et pesant. Qu’impose-t-on, qu’est-on prêt à imposer à l’autre?

Mon mari désire adopter et trouve les enfants trisomiques gais. Il a beau être éducateur aussi, on n’a pas le même parcours, les mêmes représentations.

Quand je vois nos jeunes qui tombent enceintes et évoque l’idée d’accoucher sous x, et que je vois le vécu de ces bébés avant même leur naissance… quand je vois des ados adoptés à mon service (alors oui, forcément, je ne vois que ceux qui vont mal, je sais…!), que j’entends leur histoire, quand je constate le lien qui ne s’est jamais créé, ou l’enfant surinvesti et forcément facteur de déception…

Quand j’ai travaillé dans le handicap lourd, j’ai vu des familles détruites, contre un faible pourcentage de familles unies.

Comment puis-je me situer, moi? De la théorie, j’en ai plein les poches et en réserve mes collègues « couteaux-suisses ». Mais quel être humain, quelle femme de 34 ans suis-je?

Aucune envie de me sacrifier. C’est bien la seule chose qui est claire pour moi. Si j’avais une âme de mère Térésa ou soeur Sourire, je ne serais pas avec mon mari, puisque c’est bien la recherche de MON bonheur, d’un bonheur suffisant, qui me convienne, qui me comble, qui fait que je ne suis plus avec les autres mais avec lui! Mon boulot c’est une chose, mais ma vie privée c’en est une autre!

Mais lui ne voit pas forcément les choses comme ça, et bien qu’il ait toujours su me faire voir la vie en rose, un enfant c’est un engagement à vie!

Déjà que, de base, la cigogne elle s’amuse à faire des surprises! Parce que pour mes parents, d’une: j’étais prévue un an plus tard (instinct de survie, je savais qu’un an plus tard il ne serait plus question d’avoir un mioche pour eux), donc j’ai été conçue grâce à une pilule mal prise et une capote restée coincée, mais en plus de ça à la livraison, la cigogne a perdu mon avant-bras gauche en route, donc on a dû se débrouiller sans (et non, ça ne s’est pas vu à l’écho… instinct de survie j’vous dit!)

Donc voilà. Aujourd’hui je suis perdue, je ne sais pas ce que je veux, hormis notre enfant. Aujourd’hui je suis prête pour des jumeaux (ce qui n’était pas le cas il y a 6 mois), et éventuellement à adopter pour un deuxième. Mais je ne parviens pas à renoncer à un mini-nous!

Et peut-être qu’il le faudra…

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