Acide…

Je n’y arrive pas. Enfin, en façade, si.

Je suis de retour au travail. Certains savent, d’autres non, ou peut-être que tout le monde sait. Je ne sais pas. Je suis là, je souris, je fais mes blagues grivoises habituelles, ce qu’on attend de moi quoi.

Je mentirais si je disais que je me force.

J’ai juste l’impression d’être double, où de n’y être qu’à moitié. Un moment je tape une demi-page d’un rapport à propos d’une jeune sans aucun effort en cinq minutes, l’instant d’après je me rends compte que j’ai les yeux dans le vague et que je suis loin, très loin.

Je ne me l’explique pas. Tout est allé si vite. En théorie je n’ai même pas eu le temps de m’attacher.

Je ne comprends pas. Je cherche des réponses où il n’y en a pas.

Et si je n’avais pas refumé la dernière semaine, et si je ne m’étais pas mise à quatre pattes pour récurer sous la baignoire de mon père, et si je n’avais pas bu de bière ou de vin pour profiter des amis que je vois rarement, et si je ne m’étais pas faite manipuler en viscéral par l’ostéo y a trois semaines… Et si j’avais su dès le début, si j’avais compris la poitrine douloureuse et gonflée, les maux de ventre et de dos, les coups de pompe au boulot. Et si je n’avais pas pris de l’acupan pour ma migraine.

Ça fait beaucoup. Et en même temps, il faut être lucide, c’était juste un embryon avec des problèmes chromosomiques. Je ne suis pas sûre qu’à cinq semaines environ on puisse parler de « petit être ». Et pourtant elle me manque ma lentille.

Le pire c’est de me dire que quand j’ai su que j’étais enceinte, l’embryon n’était déjà plus « un être ».

Je me prends à détester mon boulot, qui pourtant à toujours été très important pour moi. À ne plus en pouvoir des soucis des gens. Faut les guider. Les aider à trouver leurs solutions. Mettre le doigt sur les noeuds, les aider à s’en défaire. Parfois trouver des solutions concrètes en urgence comme pour cette jeune dont la mère n’a plus que quelques semaines à vivre alors que tout le monde est dans le déni.

Comment les aider alors que moi-même je suis épuisée. Que je n’arrive plus à me battre pour moi.

Je ne sais pas ce qui me fait tenir encore debout. Peut-être cet espoir que si, ça va marcher. Mais là je n’arrive pas à passer à autre chose.

C’est pourtant ce que tout le monde attend de moi.

4 réponses sur “Acide…”

  1. Ca demande beaucoup d’énergie de s’emparer des malheurs des autres, quand on est soi-même en train d’encaisser… Prends le temps qu’il faut pour ce digérer, ce n’est pas rien ce que tu as traversé, et il faut aussi en faire le deuil, même si c’est « allé vite ». Et puis peut-être aussi justement parce que c’est allé vite, prendre le temps de réaliser ce qui s’est passé. Je t’envoie du courage pour tout ça.

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